30 mai 2010

La recherche du statut : nouvelles pistes

Dans sa dernière publication de l'étude Statusphere, le cabinet de tendances Trendwatching nous livre les clefs de compréhension des nouvelles voies suivies par  les consommateurs dans leur recherche de statut.



Des voies qui transcendent de plus en plus les simples réflexes de possession d'objet de reconnaissance...

1. BIGGER, BETTER, HARDER (consuming the most, and the most 
expensive)


 Non, le luxe n'est pas mort : il continue de se développer avec l'enrichissement des classes moyennes des pays émergents. Mais dans les sociétés consuméristes plus matures, il ne repose plus seulement sur l'objet, mais aussi et surtout sur l'histoire, les valeurs, les symboles véhiculés par la marque. Quête de sens ? Oui, dans une logique de retour des traditions.

2. GENERATION G (giving instead of taking)

A l'opposé de la tendance précédente, donner et non plus posséder est une nouvelle voie de reconnaissance sociale. Ces nouvelles formes de générosité sont majoritairement collaboratives : elles nourrissent des modèles de gratuité, de don indirect et de crowdsourcing.

Si elles bénéficient d'abord aux organisations caritatives, elles représentent pour les marques des opportunités d'engager leurs clients dans le cadre d'initiatives sociétales.

3. GREEN CREDENTIALS & UNCONSUMPTION (greener or less 
consumption)



La crise environnementale est bien ancrée dans l'esprit des consommateurs et génère la 3ème voie de recherche de statut : celle de la consommation verte, non polluante et respectueuse de la planète.

Cette tendance appelle une forte amélioration de l'offre en termes d'eco-innovations et une meilleure information des consommateurs.


A défaut, le meilleur moyen de consommer responsable pourrait  pour une part importante de la population de moins consommer, tout simplement, en accordant une place accrue ou Do It Yourself et au troc...

4. IN THE KNOW & SKILLS (knowing and doing versus consuming)



 La 4ème voie repose sur l'acquisition de connaissance, d'expertises et de talents : elle peut être entretenue par des contenus informatifs offerts par les marques à leurs clients, en cohérence avec  l'univers global de la marque plus qu'avec ses produits.

C'est le cas par exemple pour Nike qui délivre avec l'application True City des plans urbains pour initiés.


5. CONNECTIVITY (social status, especially online)

La 5ème tendance n'est pas une surprise : directement issue de l'explosion des medias sociaux, elle repose sur la puissance de la présence en ligne : étendue du réseau de relations, e-reputation personnelle, influence.... qui contribue de plus en plus à la reconnaissance du statut social, pour le meilleur comme pour le pire.



La synthèse complète, en anglais, de l'étude est ici

22 mai 2010

L'individu post-crise : décryptage

Le dernier Atelier de la Performance Client organisé par La Poste faisait le point sur l'individu post-crise, ce nouveau consommateur qui s'est révélé sous les chocs technologiques, économiques, environnementaux et sociétaux.

Les intervenants :

  • Laurent Habib, Président Directeur Général d’Euro RSCG C&O et directeur général du Groupe Havas en France

  • Anne Chanon, Adjointe à la Direction générale de l’ARPP

  • Stéphanie Sabourin, Directrice Média et partenariats médias Europe de Disneyland Paris


Synthèse et verbatims

1. Perception de la crise 
 

« Je préfère parler de crises au pluriel, car celle que nous connaissons n’est ni la première, ni la seule : depuis vingt ans, nous vivons un cabotage de crise en crise », explique Anne Chanon. Crises économiques : 1993, 1996, bulle Internet, crise actuelle. Mais aussi crise sanitaire, avec l’affaire du sang contaminé, la crise de la vache folle, les épidémies de grippe. Crise sécuritaire, avec la montée des craintes autour du terrorisme. Et enfin crise écologique, née avant le marasme économique actuel, et qui lui survit. « Les gens ont appris depuis 20 ans à vivre dans l’incertitude. Cette dernière crise arrive sur un terrain traumatisé », souligne Anne Chanon. 

Une crise pour tous, mais vécue de manière spécifique par les Français
Si la crise est bien présente pour tous dans sa dimension économique, elle est vécue comme extrêmement grave par les Français, parce qu’elle est aussi et surtout perçue comme une crise sociale. Les Français choisissent un SDF comme image représentative de cette crise quand Britanniques et Américains y associent celle d’une panique boursière. « On retrouve la crainte de la pauvreté, très structurante dans l’imaginaire français », analyse Laurent Habib. Cette inquiétude se mue parfois en un sentiment de révolte et d’injustice… « Une situation qui va évidemment poser problème aux marques », souligne Laurent Habib.

2. Une consommation qui doit être justifiée

En raison de la perception d’un pouvoir d’achat limité, le consommateur français déclare substituer les produits de marque contre des produits moins chers ou sans marque, ou à remettre à plus tard certains achats. Il est plus incertain et s’interroge davantage sur ses critères de choix : a-t-il vraiment besoin de ce produit ? Celui-ci est-il solide, va-t-il durer longtemps ? Cependant, « l’individu post crise n’est pas dans une consommation uniquement « utile », même s’il est loin d’être dans une consommation futile,En fait, il est en permanence en recherche de justifications à sa consommation. » Le consommateur fait ainsi constamment des arbitrages différents selon les types de produits et de services. Il est à la recherche de bonnes affaires mais ne renonce pas à certains achats. « En matière d’arbitrages, les domaines qui résistent le mieux à la crise sont les secteurs des cadeaux offerts aux enfants, ainsi que l’univers des loisirs », note Laurent Habib

De nouveaux comportements de consommation chez l’individu post-crises
Parallèlement à la montée de la défiance, des changements lents et structurels affectent les individus en matière de consommation. « Sans que l’on s’en rende compte immédiatement, certaines évidences sont en train de disparaître », souligne Anne Chanon. « Par exemple, avant, il était normal d’avoir à la maison une perçeuse électrique pour l’utiliser en moyenne huit minutes tous les six mois, aujourd’hui on se demande si c’est bien nécessaire. Même interrogation pour une voiture maintenue à l’arrêt 90% de son temps. De plus en plus les jeunes oublient de passer le permis de conduire, d’ailleurs ». D’après l’étude Ethicity 2010 sur « Les Français et la consommation durable », de plus en plus de Français se déclarent prêts à développer de nouveaux modes d’échanges, comme louer, acheter et utiliser certains biens à plusieurs.

Des critères de préférence individuels mais aussi collectifs
La santé devient la priorité dans l’acte de consommation, mais il intègre de nouvelles données dans ses arbitrages, notamment le respect de l’environnement, et la manière dont l’entreprise traite ses salariés. «  Ce dernier critère émerge de façon puissante et structurante, constate Laurent Habib. Le respect de la communauté humaine de travail prime sur le prix ou sur les politiques de fidélisation client dans les critères de préférences de ce consommateur. » 

3. Une crise de confiance vis-à-vis des marques

La conséquence de cet état de fait se résume en deux mots : « défiance ravageuse », selon Anne Chanon. « Comme l’a noté Laurent Habib, beaucoup de confiance s’est perdue en chemin. Cela fait quelques années que « le roi est nu ». Les experts, les institutions, les industries sont perçues comme faillibles. » Cette flambée du scepticisme se traduit dans toutes les études par la remontée de l’item « Ne sait pas. » Et au-delà, d’après une étude de l’Observatoire des moyens de communication de TNS Sofres, 42% des Français se déclarent « publiphobes » en 2010, soit trois millions de plus qu’en 2007.

Face à ce nouvel individu post crise, les marques ne sont pas dans une position confortable. En France, seules 5% des personnes interrogées sont convaincues qu’elles apportent un vrai plus.L’innovation technologique, notamment, n’est plus un moteur d’attractivité pour les consommateurs.  De plus, les marques sont perçues comme ayant une responsabilité dans la crise actuelle. La défiance des Français vis-à-vis du système économique s’étend aux entreprises. «  La prise de distance envers les marques est la même qu’envers l’institutionnel ou toute forme d’autorité : elles sont dans le mauvais camp », résume Laurent Habib.

L'acceptabilité sociale de la communication
"Il ne faut surtout pas retourner au « business as usual » » recommande Anne Chanon. « Nous recevons beaucoup de plaintes sur le mode : ras-le-bol d’une société qui pousse à l’hyperconsommation. Pour autant, les Français ne sont pas dans la déconsommation ». L’individu post crise est attentif et réactif. Il se montre ainsi très vigilant sur l’affichage de beaux principes. « Nous avons en face de nous des gens qui nous ont à l’œil, réagissent, voire surréagissent », prévient Anne Chanon. Le consommateur n’adhère plus à des campagnes dans lesquelles les marques font acte d’autorité, délivrent une vision du monde ou sont dans l’hyperbole. Une récente campagne d’une banque se mettant en scène en train de sauver la planète avec le slogan : « It’s time for green banking » a suscité beaucoup de réserves. « Une telle déclaration d’autorité leur donne de l’urticaire ! » constate Anne Chanon. D’ailleurs, d’après l’étude Ethicity, 54% des Français déclarent être méfiants sur le discours des marques et des entreprises en matière de développement durable.

Il s’agit donc pour les marques de sortir du discours pour entrer dans l’action. « On attend d’elles qu’elles jouent leur rôle dans la société, qu’elles soient responsables », explique Laurent Habib. Au-delà d’une politique de qualité et de prix, elles doivent intégrer ces nouveaux enjeux collectifs : respect de l’environnement et traitement équitable des salariés, notamment. « Les marques ne doivent pas se contenter de consacrer une petite partie de leur budget à des actions éthiques, analyse Laurent Habib. Il faut qu’elles mettent en scène leur rapport global à la société. Elles ne peuvent plus se baser uniquement sur le désir et l’acte d’achat mais doivent s’ouvrir aux enjeux de nutrition, de santé, d’environnement et de communauté de travail. »

Le challenge réside plus largement dans le fait de changer l’image de la communication auprès du consommateur : « celui-ci l’associe à l’hyperconsommation, voire au cynisme et à la superficialité, souligne Anne Chanon. Les consommateurs ont « envie de lien et d’éthique ». C’est le concept de « reliance » cher à Edgar Morin, et qui prend une double acceptation : être relié et faire confiance. « On constate une hypersensibilité de cet individu au « vivre ensemble », une soif d’exemplarité et de régulation, l’envie d’une éthique joyeuse », conclut Anne Chanon.


4. Pour les marques, une politique de « défense active »

 


Priorité aux médias flexibles, actionnables et réactifs
La flexibilité est devenue ainsi le maître mot de la stratégie dans le cadre d’un dispositif orienté « call to action. » « Nous avons privilégié les mises en place rapides et nous nous sommes donné l’opportunité de changer rapidement les messages en fonction de la demande, tout comme la possibilité de reporter des investissements médias d’un pays à un autre en fonction de la réactivité des boosters », explique Stéphanie Sabourin.

Un individu toujours plus averti et « digital »
La recherche permanente du bon plan semble s’installer pour durer. « L’individu post crise est structurellement plus informé et avec un mode d’achat plus opportuniste », décrypte Stéphanie Sabourin. Par ailleurs, c’est aussi un individu qui passe plus de temps sur Internet. « Il est très sollicité ; c’est un challenge permanent d’arriver à capter son attention ». Il est pleinement engagé dans la révolution digitale qui transforme les médias : « Certains chiffres sont révélateurs : un internaute sur 5 est consommateur de catch up TV, 11,4 millions de mobinautes étaient recensés fin 2009, le temps passé sur les blogs et sites communautaires a augmenté de 112% en un an, » souligne Stéphanie Sabourin.

Une stratégie d’engagement et d’interactivité, qui commence à intégrer les médias sociaux
« Nous souhaitons utiliser des modes de communication qui apportent plus de partage, de participation et faire en sorte que les gens s’approprient le message », explique Stéphanie Sabourin. Pour preuve, la marque a fait en sorte d’intégrer les consommateurs dans les publicités via des bâches interactives faisant apparaître les photos et les rêves d’enfants postés sur le site... Les médias sociaux sont un axe en cours de développement. Des lancements avec des bloggeurs ont été expérimentés, tout comme la tenue d’un blog au moment du 15e anniversaire de Disneyland Paris. « Il nous faut désormais avoir une présence plus continue et plus stratégique sur ces médias », annonce Stéphanie Sabourin.

5. Conclusion

« Face à la crise, nous savons que le consommateur ne sera plus jamais le même », conclut Stéphanie Sabourin. Un constat partagé par Laurent Habib, pour lequel « nous sommes entrés dans une évolution profonde et structurelle de la consommation. » Pour Anne Chanon, « la sortie du tunnel ne s’annonce pas si mal, à condition de ne pas se tromper de lunettes, c’est-à-dire de regarder en avant, sans revenir à la situation antérieure. » Il est certain que l’individu post-crise pèsera désormais de tout son poids et de toutes ses attentes sur la stratégie des marques.


La synthèse complète est disponible ici

8 mai 2010

La révolution des médias sociaux (update)

Les réseaux sociaux sont-ils une bulle à la mode, ou le bouleversement le plus notable depuis la Révolution Industrielle ?

Pour en mesurer la portée, données à l'appui, cette vidéo de Socialnomics remet quelques pendules à l'heure :




Quelques chiffres à retenir :
  • 98% des moins de 25 ans sont membres d'un réseau social
  • Il a fallu 13 ans à la télévision pour atteindre 50 millions d'utilisateurs... Facebook en a gagné 200 millions en moins d'un an
  • Si Facebook était un pays, ce serait le 3ème mondial, après la Chine et l'Inde
  • Le segment qui progresse le plus sur Facebook sont les femmes de 55 à 65 ans
  • 50% du trafic internet mobile en UK va à Facebook
  • L'email appartient au passé pour les moins de 25 ans
  • YouTube est le 2nd plus grand moteur de recherche au monde
  • Le nombre de blogs au monde ? 200 millions !
  • 25% des résultats de recherche sur les 20 plus grandes marques mondiales proviennent de contenus générés par les utilisateurs
  • 34% des blogueurs postent des opinions sur les marques et les produits
  • 78% des consommateurs font confiance aux recommandations de leurs pairs... Seuls 14% font confiance aux publicités
  • Seulement 18% des campagnes TV génèrent un ROI positif
  • Nous ne recherchons plus l'information, c'est elle qui nous trouve ! Il en sera bientôt de même pour les produits...
  • Une seule leçon : écouter d'abord, vendre ensuite...
Ça tombe bien, c'est précisément notre démarche, chez Conscient Networks...

5 mai 2010

Conscience verte : merci, la crise !

De la crise économique est né un nouveau consommateur à la conscience plus verte, plus équitable et citoyenne : c'est la bonne nouvelle annoncée et détaillée par l'étude réalisée par l'Observatoire Cetelem sur 12 pays européens, de l'Angleterre à la Russie.

Extraits :

En France, mais aussi en Europe : la consommation verte est devenue un phénomène bien réel.

Elle se matérialise aujourd’hui surtout dans des actes de consommation «faciles» (papier recyclé, petits aménagements domestiques) ou des actes de consommation santé (produits bio).

Figure de proue du retour à une alimentation plus saine et à une agriculture plus respectueuse de l’environnement, le bio est maintenant bien entré dans les modes de consommation alimentaire

Ainsi, ce sont près de quatre Européens sur dix qui déclarent consommer fréquemment des produits bio. Son offre s’est aussi largement étendue à d’autres secteurs comme le textile ou l’hygiène beauté.

Et si les investissements dans des équipements plus importants tels que l’amélioration de l’efficacité énergétique des logements ou l’achat de véhicules moins polluants sont encore modestes, les soutiens des pouvoirs publics en la matière devraient participer à l’inévitable développement de la consommation verte dans les années à venir.

Cette prise de conscience environnementale va de pair avec la prise de conscience d’un nécessaire équilibre économique : 44 % des Européens achètent des produits équitables de temps en temps, mais la proportion de consommateurs achetant fréquemment ce type de produits reste en dessous de 10 % dans la plupart des pays.

Le prix et l’insuffisance de l’offre sont les deux raisons majeures invoquées par les consommateurs européens pour expliquer cet élan encore timide.

Pour se développer, le commerce équitable doit faire encore des efforts pour informer, renforcer la crédibilité de la démarche et augmenter l’attractivité des produits. La grande distribution investit aujourd’hui en masse le marché des produits équitables en développant des marques distributeurs propres dans plusieurs pays européens. La facilité d’accès aux produits équitables dans les grandes surfaces et la baisse des prix qu’on peut en attendre seront les accélérateurs du développement de l’achat équitable en Europe


Source : Observatoire Cetelem 2010

Pour une fois qu'une étude sur la crise apporte des nouvelles encourageantes, on aurait tort de s'en priver , non ?